Pas mal d’Mc vont hurler en se sentant visés par les lyrics d’EXP ! Qu’à cela ne tienne, ce touche à tout (rappeur, chanteur, comédien, réalisateur, etc) clash à tout va, analysant le rap et ses dérives. Après un passage réussi sur la scène de l’Original 2013, il compte bien continuer à gagner de plus en plus d’auditeurs avec son prochain album Soldat(s) Inconnu(s), véritable pamphlet sur le hip-hop et ses déviances.
Expérimental est un artiste que l’on connait bien chez 69 Flow :
Hip-hop, jazz et électro au Fil de St Etienne : THA TRICKAZ + SCRATCH BANDITS CREW + AL’TARBA & SON OF A PITCH + SCHLAASSS + NESTOR KEA – Saint Etienne @ Le Fil // IN YOUR FACE PARTY #6 : https://www.facebook.com/events/438440462882557/?ref=2
Le parvis de l’Opéra, situé en face de l’Hôtel de Ville dans le 1er arrondissement de Lyon, est devenu une piste de dance hip hop incontournable.
« Il y a peu de Lyonnais qui n’ont pas traversé au moins une fois l’Hôtel de Ville sans tomber sur ces danseurs à l’Opéra » déclare Jean-Marc Mougeot, directeur de l’Original Festival (festival hip hop ayant lieu à Lyon au mois d’avril). Les artistes de rue font aujourd’hui parti du paysage lyonnais.
C’est en 1983, que les danseurs urbains de la ville des Gones ont choisi d’imiter pour la première fois le modèle New-yorkais de danse de rue.
Et trouver un endroit où se rassembler fut une tâche difficile pour cette culture urbaine nouvelle et peu connue sur le terrain Français. Plusieurs fois délogés de la Gare de Part Dieu et du parc de Perrache et après de multiples conflits avec les forces de l’ordre ; c’est à l’Opéra alors tout juste rénové par Jean Nouvel que les danseurs ont réussi à trouver leur territoire en 1995.
Sophie Jarjat, porte parole de l’Opéra, souligne que « le fait d’être situé en centre ville, dans un endroit d’où l’on peut être vu par un public divers, et de pouvoir s’entraîner sur un sol glissant tout en étant abrité et au sein d’un bâtiment glamour » rend le lieu attractif.
Un lieu de rencontres
Lorsque l’équipe de danseurs baptisée Pockemon Crew a gagné le prix du International Battle Of the Year en 2003, Lyon est devenue définitivement une ville hip hop reconnue au niveau national et mondial. Des amateurs viennent de toute la région pour avoir l’occasion de faire parti de cette ambiance artistique et d’assister à ces nombreux évènements organisés au sein de la ville (comme l’Original Festival ou l’AOD ayant eu lieu en Octobre).
A l’occasion de cette nouvelle notoriété, François Postaire, directeur de l’Amphithéâtre de l’Opéra, leur a proposé une des salles de répétition pour les intégrer. Ce type d’art correspond tout à fait à la philosophie du bâtiment qui prône « une excellence artistique et une ouverture» selon Sophie Jarjat.
Hosni, un des danseurs de l’Opéra âgé de 30 ans, nous affirme qu’il y a peu de personnes qui aient une mauvaise image du hip hop aujourd’hui. En effet, ce style de danse « est souvent rapproché au Rap « bling bling », aux armes et à la drogue, ce qui explique un certain rejet de la part des citadins. Mais une fois sur place, lorsqu’ils nous observent danser en s’entraidant, se parler avec un respect, leur opinion change ». En effet, le 1er arrondissement est « un quartier un peu bourgeois ». Au fil du temps, les danseurs ont commencé à être assimilé à ce décor public.
Pour Serge, un passant, voir ces danseurs « est un spectacle quotidien où tout le monde est invité à participer, et c’est l’occasion de voir une culture qui n’est pas assez médiatisée».
C’est une cohabitation parfaite entre un Opéra classique et un art contemporain fabriqué dans les rues qui fait le « lien entre des professionnels de la danse et des amateurs » comme le conclu si bien, Sophie Jarjat.
Rappeur, compositeur, chanteur, performer ou réalisateur, EXPérimental est avant tout un artiste. Qu’il soit derrière sa MPC, un micro ou devant une caméra, c’est avec sincérité qu’il aime se livrer. Il a choisi de ne pas faire de marketing autour de sa musique, quitte à rester dans l’ombre du grand public. Interview.
C’est l’un des rappeurs les plus complets et les plus talentueux à Lyon. La trentaine dépassée et une décennie de rap au compteur, Hassan Guaid, connu dans le milieu du rap comme EXPérimental, nous parle de son actualité : trois albums, dont deux de rap et un de chanson française.
C’est le résultat de trois ans de travail. Au printemps 2012 est sorti le deuxième opus de sa trilogie : Armes légales volume 2. Composé et mixé par lui-même, Igoom, First, Jamaye et Dj Yep, ce disque atypique alliage de poésie, d’émotion et de politique est parfois trash, parfois plus léger et pourrait en dérouter plus d’un ! D’autant que le rappeur n’hésite pas à s’attaquer à sa ville, Lyon. « J’aime le côté rugueux, énergique et pas sympa du rap. Ca me plait de mettre des petites claques ! », s’amuse EXP, car bien qu’ayant trouvé sa maturité artistique, il n’en reste pas moins facétieux.
Toujours fin dans ses textes, il ne fait pas de chansons à thèmes, sur l’amour, ou sur la mort. Il préfère raisonner de façon « moins scolaire » : « J’écris plutôt des thèmes dans le thème. Je cherche des axes, des angles. J’ai aussi beaucoup d’exigences : j’ai besoin que ce soit inscrit dans une réalité sociale, que ça touche un maximum de monde et que ça me ressemble. »
Un autre disque va sortir en parallèle : Soldat inconnu, qui sera disponible gratuitement sur internet à l’automne. Produit dans un temps très court, c’est l’occasion pour EXPérimental de livrer une « performance », une sorte d’instantanné. Cet album sera donc gratuit, mais l’auteur l’assure, il sera aussi de qualité : « Je veux que si les gens écoutent le disque dans 5 ou 10 ans, ils le trouvent encore bon ».
Il a travaillé avec ses beatmakers habituels First et Igoom ainsi qu’avec de jeunes rappeurs lyonnais de 16/17 « qui mettent à l’amende pas mal de monde », selon Hassan. « Ils ont des textes à raconter et gros souci d’esthétique. Ils sont plus dans une recherche de thèmes, de thèses, que de punchlines, qui ne sont qu’une sorte de suite d’effets spéciaux. »
Rap français
Trentenaire, EXPérimental a beaucoup de références dans le rap français, dont Fabe, Rocé, La Scred Connexion, La Cliqua, Dajoal, Fayçal, VII, Joke ou Booba. « Booba a des textes très forts et des effets stylistiques de malade. Il joue à fond son personnage. Après, je m’en fous de savoir si il a vraiment vécu cette vie, tant qu’il est vrai dans son interprétation. C’est très américain comme démarche : on ne le juge pas sur son CV mais sur un feeling. On est moins dans un esprit de corporation. »
Rester vrai dans son interprétation et faire de la qualité, ce sont donc un peu les leitmotive de ce croix-roussien. Son ambition : durer, trouver de la reconnaissance sur le long terme, tout en s’inscrivant dans le patrimoine culturel français et dans le mouvement hip-hop.
«Il y a peu de rappeurs qui marqueront leur époque. Donc il y a énormément de place dans le rap français pour faire de la qualité. C’est représentatif de la France et de son respect pour l’héritage culturel. Aux Etats-Unis, on sait que le rap vient d’une culture, du blues et du rock. Mais en France, on ne se demande pas d’où vient cette musique. Mais pour faire un bon album, il faut savoir ce qui a été fait avant toi. »
Comme nous le verrons plus bas, Hassan possède l’expérience d’une vision transversale et des points de comparaisons entre le rap et les autres arts, ou genres musicaux. Et il déplore que « Le rap est toujours une musique très stigmatisée. On demande encore aux rappeurs de se justifier si ils gagnent de l’argent. On n’est toujours pas reconnus comme des artistes. »« Les organisateurs de concerts estiment que c’est facile, qu’on écrit en 5 minutes. On n’a pas le même traitement que les autres genres musicaux. »
Au niveau du public aussi, le hip-hop (qui est entré en France depuis plus de trente ans) ne jouit toujours pas du même statut que le reste de la musique : « Le rap renvoie automatiquement à une certaine agressivité. J’ai plein d’amis qui préfèrent mon projet de chanson française à cause de ça. »
Rap lyonnais
Deuxième métropole de France derrière Paris, Lyon n’a pourtant jamais eu de rappeur reconnu sur la scène nationale. Un problème dû à la ville elle-même et à son conservatisme. Pour lui, « Il n’y a pas de scène lyonnaise. Une scène, c’est quoi ? Si c’est la solidarité, c’est non. Tout le monde se tire la bourre, chacun reste dans son coin. Les rappeurs viennent aux concerts avec leur meuf et ils restent collés à elles pour qu’on ne les leur pique pas ! Je ne me considère pas comme un rappeur lyonnais. Je ne suis pas subventionné par la ville et elle ne se bouge pas pour moi ! Je n’ai pas choisi d’être ici et je reste pour la famille. Je fais du rap pour les francophones. Lyon est une ville complexée, conservatrice, qui a peur. Il ne faut pas bouleverser les habitudes. Les gens qui avancent partent dans d’autres villes. L’électro ça marche ici parce que c’est plus hype. Mais il n’y a pas de label de rap, pas de patte lyonnaise. »
« Il y a eu de bons rappeurs à Lyon. IPM, La Médina, Casus Belli ou l’Elite. Mais ils ont arrêté. Ils ont surement été déçus dans leurs ambitions. Peu de rappeurs tiennent sur la longueur. Ils sont rattrapés par la vie. Mais moi j’essaie de m’inscrire dans une œuvre, d’être intemporel. Mon parti pris, c’est que quand on n’est pas très connu, on défonce tout et on espère de la reconnaissance avec le temps. J’ai commencé tôt, donc j’ai ralenti les scènes pour me préserver et ne pas me dégouter. »
Une vision très critique du rap lyonnais, qui ne l’empêche d’apprécier un groupe : « La Ming8 Halls Starf a une bonne énergie sur scène. Mais il n’y a pas vraiment de rappeurs dont je me sente proche. Ma clique est plutôt à Bordeaux. »
Réussir au niveau national
Alors comment réussir dans une ville où tous les rappeurs de talent ont abandonné ? Pour EXP, la réussite doit avant tout être artistique : « Moi je ne veux pas juste faire de la phase. Je peux mettre trois mois à écrire un texte. Il peut sortir dans trois ou quatre ans, ce qui compte c’est que je n’en regrette aucun. Je ne fais pas du rap de boîte de nuit ou du rap de banlieue, donc effectivement je me bloque certaines débouchées. »
A contre courant du rap français, il l’est aussi dans sa communication : « Le buzz, il n’y a rien de plus éphémère. Même des disques d’or sont passés à la trappe ! Ce qui buzz, c’est de la com’. Moi je ne fais pas ça, je ne calcule pas. Je pourrais demander des gamins en amis sur Facebook, pour qu’ils se sentent valorisés. Mais ça ne m’intéresse pas. Je ne veux pas être écouté à n’importe quel prix. »
Le projet de chanson française
Il n’en est pas à un paradoxe prêt. Rappeur musulman, Hassan Guaid s’est lancé dans la chanson française. « Je me suis vite rendu compte que le public du rap, c’est les 10/20 ans. J’avais envie de toucher un public plus vieux, de mon âge, et de bosser avec des musiciens.
Ca me stimule, c’est une autre manière d’aborder la musique. Il y a beaucoup moins de texte que dans le rap. C’est un disque générationnel. Je parle de la peur de l’engagement, de Facebook, du rap, du skate, des fils de soixantuitards, des immigrés, des femmes cougars, etc. C’est de la chanson réaliste, qui décrit son époque. »
Pourra-t-on voir un projet réunissant un jour toutes les facettes d’Hassan Guaid et d’EXPérimental ? Il va falloir attendre que le public et les « autorités artistiques » mûrissent un peu : « La France est un pays corporatiste. J’ai dû donc dissocier le projet chanson et le projet rap. Je préfèrerais faire un projet hybride chanson et rap, mais ce serait moins bien identifié et les programmateurs n’en voudraient pas. »
On termine le festival avec cette vidéo qui réuni le producteur lyonnais Psykott (Ming8 Halls Starf, Enfants Sauvages, LIM, etc), le beatboxeur Rewind et les danseurs du Pockémon Crew.
Psykott, beatmaker lyonnais qui a déjà collaboré avec (presque) tout le rap lyonnais nous parle de sa collaboration pour ce spectacle avec le Pockémon Crew. C’est la première fois que la nouvelle création « Silence on tourne » passe par Lyon.
Enfin, pour cette 1ère interview 69 Flow (mais surement pas la dernière !) le Pockémon Crew, en pleine récupération d’après spectacle, nous parle de l’actualité mondiale des b-boys.
Difficile de passer à côté de ses graffs. Il a recouvert les murs de Lyon et aujourd’hui il trouve avec ce Street day une reconnaissance officielle. K’nar nous parle de son street art qui a pour but de « mettre un peu de sourire dans la vie des gens« .
Attention
Nous nous devons d’apporter un rectificatif à cette interview ! Notre équipe s’est faite piéger par Knar : ce n’est pas lui que vous pouvez apercevoir dans cette vidéo. Il s’agit d’un certain Tito, qui a joué un petit rôle devant notre caméra. Alertés par des commentaires sous la vidéo (et par le petit sourire de Tito tout au long de l’interview), nous avons effectué quelques recherches. Et effectivement, ce n’est pas le graffeur Knar qui a répondu à nos questions en ce jour de Street Day ! Explications de l’artiste, contacté par Facebook :
« Yo yo yo,
Alors comme ça vous avez fait la connaissance de Tito?!
Sacré comédien non??
(…)
En tout cas c’était pas contre vous, on voulait juste se marrer (et on s’est bien marrer).
Viva Six Neuf Flow!!!! »
Une erreur, ça peut arriver et il n’y a pas mort d’homme. Mais que cela nous serve de leçon !
La rédaction de 69 Flow et de Free-Landz
Comme vous pouvez le constater, il y a eu un peu moins de choses cette année pour le Street day. Pas de concert place des Terreaux, peu de BMX ou de streetball… Du coup nous avons interrogé des danseurs hip-hop de l’Opéra pour ce micro-trottoir bien sympathique.
Pour voir plus de battles de danse, rdv sur cette vidéo Youtube :
Dans le cadre de l’Original festival, la galerie d’art Spacejunk, située sur les Pentes de la Croix Rousse organisait la Cap Street Party. Une bonne occasion pour boire un verre, se rencontrer et voir l’exposition Circus Circus ou de Mosa au 81 Store. (Lire la suite…)
Ils parlent sur le web!