On n’avait jamais vu cette petite salle lyonnaise alternative aussi bondée ! J.p.G, ALYé, Tha Snakes Crew, Plasma PL, Bob Dropp, Spykozak, Nabil & Arleckin, de Nemesis Musique, ont rempli la Boulangerie du Prado. Et tout cela pour une bonne cause : ce concert était donné en soutient au collectif « T’as faim, tu manges! » pour une récolte de fonds, afin d’offrir des repas aux personnes dans le besoin.
Véhiculer un message. C’est l’objectif principal d’Alyé, qui ne veut pas forcément « faire danser les gens« . « Je kiffe la France pour sa poésie et sa richesse textuelle », ajoute-t-il, « quand on fait du bling bling en France, ça sonne faux ». J.p.G fera peut-être une musique pour « faire bouger les boules » un jour… Mais ce n’est pas encore le moment, il y a d’autres choses plus intéressantes à faire.
C’est d’abord l’Afrique qui préoccupe J.PG, avant tout autre sujet politique. Pour lui, la solution se trouve dans les livres et dans la jeunesse. Pour ce qui est du vote, ils n’appellent pas à aller aux urnes : « ce système a menti (…) Il ne profite qu’aux personnes en place », explique Alyé.
Projection-débat sur le thème de l’islam dans le rap, dans le Grand Amphi de Sciences Po Lyon à partir de 18h, le mercredi 25 avril. Au programme :
diffusion de « Don’t Panik », un documentaire inédit de 52 minutes, dans lequel la réalisatrice suit 6 rappeurs dans 6 pays différents, table ronde avec : Keira Maameri, réalisatrice du film, Farid El Asri, anthropologue et directeur d’une formation en science religieuse à l’Université de Louvain et Médine, un des artistes suivis dans le film, rappeur, auteur de 4 albums, viendra apporter son témoignage et répondre à vos questions.
On termine le festival avec cette vidéo qui réuni le producteur lyonnais Psykott (Ming8 Halls Starf, Enfants Sauvages, LIM, etc), le beatboxeur Rewind et les danseurs du Pockémon Crew.
Psykott, beatmaker lyonnais qui a déjà collaboré avec (presque) tout le rap lyonnais nous parle de sa collaboration pour ce spectacle avec le Pockémon Crew. C’est la première fois que la nouvelle création « Silence on tourne » passe par Lyon.
Enfin, pour cette 1ère interview 69 Flow (mais surement pas la dernière !) le Pockémon Crew, en pleine récupération d’après spectacle, nous parle de l’actualité mondiale des b-boys.
Difficile de passer à côté de ses graffs. Il a recouvert les murs de Lyon et aujourd’hui il trouve avec ce Street day une reconnaissance officielle. K’nar nous parle de son street art qui a pour but de « mettre un peu de sourire dans la vie des gens« .
Attention
Nous nous devons d’apporter un rectificatif à cette interview ! Notre équipe s’est faite piéger par Knar : ce n’est pas lui que vous pouvez apercevoir dans cette vidéo. Il s’agit d’un certain Tito, qui a joué un petit rôle devant notre caméra. Alertés par des commentaires sous la vidéo (et par le petit sourire de Tito tout au long de l’interview), nous avons effectué quelques recherches. Et effectivement, ce n’est pas le graffeur Knar qui a répondu à nos questions en ce jour de Street Day ! Explications de l’artiste, contacté par Facebook :
« Yo yo yo,
Alors comme ça vous avez fait la connaissance de Tito?!
Sacré comédien non??
(…)
En tout cas c’était pas contre vous, on voulait juste se marrer (et on s’est bien marrer).
Viva Six Neuf Flow!!!! »
Une erreur, ça peut arriver et il n’y a pas mort d’homme. Mais que cela nous serve de leçon !
La rédaction de 69 Flow et de Free-Landz
Comme vous pouvez le constater, il y a eu un peu moins de choses cette année pour le Street day. Pas de concert place des Terreaux, peu de BMX ou de streetball… Du coup nous avons interrogé des danseurs hip-hop de l’Opéra pour ce micro-trottoir bien sympathique.
Pour voir plus de battles de danse, rdv sur cette vidéo Youtube :
Notre site est partenaire de l’émission Art’ère de radio Canut lors de soirées spéciales. Et après avoir abordé le thème du beatmaking, nous nous sommes intéressés au rap conscient, à l’occasion des présidentielles du 22 avril et du 6 mai.
Est-ce utile de voter ? Pourquoi voter et pourquoi ne pas voter ? En quoi la politique influe-t-elle sur la vie quotidienne ? La droite, la gauche… pour quoi faire ? Notre émission devrait vous aider à y voir un peu plus clair.
On commence par un rapide historique du rap conscient en France, avec des sons d’archive d’NTM, Mc Jean Gabin, Ekoué, Akhenaton ou Casey. Puis on enchaine avec des interviews de Sefyu et de Kohndo (la Cliqua).
Les thèmes du vote, du travail, des bavures policières, de la colonisation, de la pauvreté, ou des politiciens seront aussi présents dans notre grosse playlist qui enchaine des titres de Sefyu, Kery James, Kohndo, Médine, Casey, La Rumeur, NTM, Zone Libre, Keny Arkana et Casus Beli.
Enfin, les rappeurs lyonnais aussi ont leurs avis sur la politique. C’est le cas notamment d’Alyé et JPG, de Nemesis Musique, qui nous expliquent leur vision très engagée.
Nous avons aussi monté, en fin d’émission, des sons issus du dvd Les dessous du rap lyonnais (qui ne sont pas la version finale du dvd). Elamson, Baki RS, F.A.P (groupe ALZ), Moons, H et Yass grow prennent position dans le débat politique.
Sorti de «31 Novembre», album du trio de « scratchmusiciens ». 12 titres aux références hip-hop, électroniques, jazz ou soul.
Ils seront jeudi soir au Transbordeur avec Fowatile (voir ici) et le 18 mai aux Nuits Sonores.
Le premier album de Fowatile, groupe lyonnais de hip-hop électronique et progressif, sort aujourd’hui. Dawatile (claviers), Elby (rap), Ben (DJ) et Greg (batterie) ont fait venir des pointures : Talib Kweli ou encore Foreign Beggars figure sur l’album.
Ils seront au transbordeur jeudi 12 avril, avec DJ Fly, Scratch Bandits Crew, Lee Harvey Asphalte et Ilénazz.
C’est sur radio Canut, lors de l’émission Art’ère du 26 mars 2012, que s’est faite la rencontre avec le Collectif de Solidarité Lyonnais. Une association exclusivement composée de jeunes femmes qui militent pour que soit entendue la voix de Mellaz Sebaa, maman Tina, décédée le 12 février 2007 à Saint Fons, en essayant de fuir la police. L’avocat de la famille va déposer le dossier à la Cours Européenne des Droits de l’Homme le 11 avril prochain.
Après des années de combat, Mme Sebaa parle toujours avec autant de fierté sa fille Tina, disparue en tentant d’échapper à la BAC (Brigade Anti Criminalité) : « On ne pouvait pas nous séparer », raconte cette aide soignante. A 17 ans,Tina préparait un CAP petite enfance. Une jeune fille au parcours sans vague. Elle n’avait jamais commis le moindre délit avant d’être prise en chasse par la police, en cette dramatique nuit d’hiver 2007.
Rappel des faits
Raouf et Medhi, 15 et 16 ans, volent une voiture. Ils tombent sur deux jeunes du quartier, Myriam et Tina. Ils proposent à Tina de l’amener voir son fiancé. Tous ont un casier judiciaire vierge au moment des faits. Arrivés sur le périphérique, les jeunes sont poursuivis par la BAC. Au bout de quelques kilomètres, un mur stoppe net la voiture, qui s’écrase malgré un freinage en bout de course. Selon l’enquête de la police, il s’agit d’un banal accident de la route.
« ils vont nous tuer ! »
Pourtant, pour la mère de Tina, les policiers ont clairement tout fait pour que les jeunes ne sortent pas indemne de la course poursuite : « Les policiers connaissaient la route, ils savaient qu’il y avait un mur au fond. Ils voulaient qu’ils s’écrasent tous les quatre. Ils n’avaient pas prévu qu’un des jeunes, Medhi, sauterait du véhicule avant le choc. C’est pour ça qu’ils le bichonnent depuis ». Sur ordre du parquet, le survivant est effectivement parti en vacances au Maroc, huit jours après le drame. Validant la version des policiers, il a malgré tout déclaré que Myriam, autre survivante de l’accident, aurait crié avant l’impact fatal : « ils vont nous tuer ! ».
De nombreuses irrégularités…
En total désaccord avec les décisions de la justice, Mme Sebaa a décidé de se battre. « J’ai fait mon enquête en sous-marin », déclare cette femme au caractère hors du commun. Mais pour que sa vérité éclate, elle a connu un véritable parcours du combattant. Et a aucun moment elle ne regrette son acharnement, malgré les sacrifices : « Heureusement que j’ai fait tout ça, sinon je me serais faite rouler dans la farine », explique-t-elle.
Elle collecte petit à petit des éléments qui valident son intime conviction. Selon la famille, les rapports de la police et des secours ne placent jamais corps de Tina au même endroit pendant le crash ou après, la police a pris des photos… mais il n’y avait pas de pellicule dans l’appareil (aujourd’hui leurs appareils sont numériques), le relevé des conversations entre les policiers est faux, on a aurait trafiqué les horaires dans les dossiers médicaux, les policiers ont dit au père de Raouf Taïtaï que son corps avait été broyé, alors qu’il n’avait que quelques égratignures, on a prévenu les parents de Tina que 10 heures après sa mort, alors qu’elle était mineure et avait ses papiers, un agrandissement des images des dernières caméras de vidéo surveillance n’a jamais été fait, alors qu’il aurait permis de déterminer qui conduisait la voiture lors du crash, etc.
et des mensonges.
Mais plus surprenant encore que ces erreurs, des mensonges ont été proférés à l’encontre des jeunes, et ce par les plus hautes autorités : Xavier Richaud, procureur de la République de Lyon, qui a par la suite été désavoué par sa hiérarchie en janvier 2010, a dit en conférence de presse que les jeunes avaient consommé de l’alcool et du haschich, et que le conducteur aurait accéléré afin d’éviter un contrôle de police «compte tenu de leur état». Mais les résultats des analyses toxicologiques ont révélés le contraire : ils n’avaient ni bu, ni fumé ce soir là. C’est cette déclaration qui a alerté Mme Sebaa, qui connaissant bien sa fille, savait qu’elle ne consommait pas de cannabis, ni d’alcool. Pour le père de Tina, Yves Lamartine, « ils ont parlé avant de savoir »* . Mais pourquoi ?
soupçons de racisme ethnique et social
Pour Mme Sebaa, ces policiers sont des « cowboys », qui ont poussés clairement sa fille a s’écraser contre la pile du pont de Saint Fons. Elle déplore aussi la disproportion du nombre de voitures poursuivant la voiture des jeunes : selon ce qu’elle a pu observer sur les caméras de vidéosurveillance du périphérique, pas moins de 4 voitures l’avaient pris en chasse. « Nous voulons faire voter une loi pour la proportionnalité », explique-t-elle, afin que le nombre de véhicules et les moyens mis en œuvre par la police soient proportionnels aux auteurs du délit qu’ils cherchent à arrêter. Elle s’étonne que « 4 véhicules les suivaient », et que « 15 voitures de police pour un banal accident de la route » aient été mobilisées. Comment expliquer enfin la présence sur les lieux de l’accident de « tous les gradés » de la ville. « Pourquoi déplacer un procureur pour un banal accident de la route ? » questionne-t-elle. « Et pourquoi ont-il fait toutes ces analyses, ces autopsies ? Ils voulaient trouver quelque chose pour nous écraser », conclue cette mère en colère. C’est une grosse affaire, explique M.Lamartine : « Si on condamne… on condamne le service entier ».
« C’est notre dignité de montrer ce qu’une famille maghrébine peut faire. »
Enfin, le père de Tina a la conviction que c’est bien un policier qui a tué sa fille, en la déplaçant tandis qu’elle agonisait dans la voiture, ce qui lui a percé la cage thoracique. « Il a dû tirer sec pour qu’il y ait eu ces brûlures », des brûlures sur le bas du dos, dues selon lui au frottement avec la route (les policiers déclarent avoir retrouvé Tina dans le coffre de la voiture).
Il soupçonne aussi du racisme de la part de la police : « Je m’appelle Yves Lamartine. On ne m’a pas fait de procès verbal. Pourquoi le faire avec la mère et pas le père ? Ça passe moins bien avec mon nom ! » Et Mme Sebaa de renchérir : « Ils nous prennent pour des idiots. Ils ne s’attendaient pas à ce qu’on calcule tout ça ! Mais j’ai beau être une fille d’Indigène, je sais lire, écrire et compter ! C’est notre dignité de montrer ce qu’une famille maghrébine peut faire. Ils en ont tué des petits à nous… »
Rdv le 11 avril
Depuis le non-lieu de la cours de cassation, la famille de Tina est sous pression. C’est un véritable compte à rebours pour ne pas dépasser le délai du 11 avril, afin que le dossier devant la CEDH (Cours Européenne des Droits de l’Homme) ne soit pas rejeté. L’objectif de l’avocat de la famille étant de prouver que les articles 2 et 6 des droits de l’Homme (discrimination et droit à la défense devant les tribunaux) ont été violés. « Déçue par l’attitude de la justice » française, et après avoir « épuisé tous les recours en France pour faire condamner l’état français », il ne reste plus que le recours européen pour les Sebaa-Lamartine. La CEDH mettra de 4 à 6 mois pour accepter ou non le dossier. Puis elle jugera ce cas sur environ deux ans.
un combat d’intérêt général
En cas de réussite, Mme Sebaa sait le retentissement qu’aurait l’affaire : « Avant moi, si d’autres familles s’étaient battues, ma fille ne serait peut-être pas décédée. Au minimum, le jugement aurait été différent. »
Un combat pour donc Tina, mais aussi bien plus large, pour la justice.
Elles s’appellent Marine, Sabrina et Johanna. Elles n’avaient jamais milité avant de créer le Collectif de solidarité lyonnais. « Tina était notre amie depuis le collège », raconte Johanna. Afin de soutenir la mère de Tina qui veut saisir la cour européenne des Droits de l’Homme, elles tentent de recueillir un maximum de fonds pour payer les frais d’avocat.
Elles veulent aussi permettre aux citoyens de connaitre leurs droits, comme par exemple savoir que le contrôle d’identité sans motif est illégal et abusif de la part de la police.
le contrôle d’identité sans motif est illégal et abusif
Du tutoiement au crime, du harcèlement moral au viol, les bavures prennent de multiples formes. Mais pour elles, les médias n’en parlent pas assez et Sabrina s’étonne: « que ces affaires ressortent sur des blogs et jamais dans les médias ». Elles tentent donc de sensibiliser par des concerts, des spectacles, des projections… afin de rassembler les citoyens sur ce thème, et sur le thème de la solidarité.
Le podcast de l’émission Artère spéciale bavures policières
Depuis les révoltes de 2005 qui ont suivi la mort de Bouna et Zied * « Nos contacts avec certaines associations nous ont décidé a nous engager, en hommage à Tina et à toutes les victimes de violences policières », affirme Marine. Elles ne veulent plus entendre de bavure policière, mais préfèrent parler de crime policier. Un crime qui peut arriver à chacun : Tina, 17 ans, était inconnue des services de police.
Le milieu hip-hop est très engagé dans ce combat, auprès de l’association. Au niveau local, il y a notamment Yass Ravage, qui a enregistré une chanson, et Elamson ou Radem, qui proposent que les revenus de leur album aillent à cette cause.
Sylvain Ortega
Photos de l’émission Artère (radio Canut) : Sylvain Ortega
* Retour sur les émeutes de 2005 sur le site de l’Observatoire des médias :
Ils parlent sur le web!